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Vert design

Vert design

Par Catherine Callico. Photos DR. Avec Gr3en Design, une dizaine de designers finlandais, belges et néerlandais exposent, à Bruxelles, leur vision du design vert à travers des approches aussi contrastées qu'innovantes.

Les pays nordiques ont une longueur d'avance. Depuis les années 50, le design s'y démarque par des formes très pures, qui requièrent peu de matériaux. Dès cette époque, la perfection est quasiment atteinte. Aujourd'hui, les designers qui ont baigné dès leur jeune âge dans des classiques comme Iittala ou Marimekko, s'en inspirent ou s'en distancient. Le design vert leur ouvre une autre voie, voire le monde merveilleux du gaspillage. L'exposition Gr3en Design est organisée par l'Institut culturel finlandais, en collaboration avec Design Vlaanderen, dans le cadre de Design september. L'idée est d'offrir un aperçu de la créativité dans un terrain en pleine friche et de montrer le travail de designers, basé sur des matériaux recyclés. Des pionniers reconnus aux designers de la nouvelle génération, chacun est invité à démontrer une approche à la fois verte, esthétique et fonctionnelle.

Made in Finland

Hella Hernberg conçoit du design qui s'applique tant aux objets qu'aux espaces publics. Avec pour fil rouge, le concept de réutilisation. Et beaucoup de poésie. Ses abat-jour Bol sont fabriqués à partir de tissus de seconde main, et identifiables grâce à des détails : les rideaux de la maison d'été, des broderies de grand-mère, ou de vieilles nappes trouvées dans le grenier. Je trouve intéressant et plein de sens de créer de la valeur à partir de « rien » : trouver de nouveaux usages à ce qui est vieux et délaissé, et rendre spéciales des choses ordinaires ou inutiles. Par exemple, je trouve aussi intrigant de transformer un vieux rideau en abat-jour, que de créer un espace unique et vivable dans un grenier ou de trouver d'autres affectations à des immeubles désaffectés. En combinant l'ancien et le moderne, le familier et l'inattendu, je souhaite donner plus de caractère à des concepts communs.

La designer s'inspire, notamment, des années 50. Dans la collection de vêtements et accessoires Written on the Wind qui rend hommage au film de Douglas Sirk (1956), les imprimés puisent dans le cinéma, avec sa nostalgie et ses réalités de rêve, des personnages imaginaires et leurs histoires qui s'entrelacent. Les tissus vintage nourrissent la trame. Réalisés à la main et en série limitée, ils représentent chacun un personnage, avec un nom propre. Ils attendent que les utilisateurs leur fassent jouer un rôle et vivre des histoires, mi-réelles, mi-imaginaires.

Romance encore, avec le Wasteland – pays du gaspillage – de la firme finlandaise Secco. Ici, les chambres à air de pneus de voiture se muent en sacs à main, les vieux tambours de machine à laver en cuvettes stylisées, les clés d'ordinateur en aimants et porte-clés, les touches de clavier en bagues, les vinyles en range-cd au design et au fini impeccables. L'entreprise explique que les produits de Secco sont des trésors de terres en friche du Wasteland. Nous découvrons et transformons le courant infini des déchets. Secco a vu le jour dans l'ère de rebut électronique, dans un petit village niché entre des collines en caoutchouc. À l'horizon, des montagnes géantes d'ordinateurs et un fleuve de claviers azerty.

Dans ce souci de faire du neuf avec de l'ancien, Globe Hope redessine des textiles en provenance d'hôpitaux, de l'armée ou de lieux de travail : draps, essuies éponge, uniformes qui trouvent une seconde vie sous forme de vêtements, sacs, accessoires. Lancée il y a cinq ans, la collection se vend dans des lieux pointus, comme la boutique du musée d'art contemporain Kiasma, et s'exporte surtout en Europe et au Japon. L'approche se veut très économe en énergie : dans la mesure du possible, nous tentons de partir de la forme originale du textile, relève la designer Meeri Queen. Par exemple, la poche d'une veste militaire sera transplantée sur un sac. De même, tout est produit en Finlande et en Estonie, afin de minimiser les transports.

Miia Westerlund, elle, récupère les tapis textiles utilisés dans les foires, centres commerciaux et autres alternatives de décoration éphémère. Il en résulte des sacs à main, des sacs de voyage et divers accessoires. De son côté, Jukka Isotalo coupe et polit des bouteilles en verre, non-recyclées en Finlande. À partir de verres usés – récupérés dans des restaurants de la région d'Helsinki ou auprès d'Alko, société qui distribue des boissons alcoolisées – il façonne, par exemple, divers styles de verres à boire et de petites lampes. Il part de la forme originale de ces verres, dans un souci d'économie d'énergie. J'utilise un faible pourcentage de l'énergie nécessaire pour produire de tels éléments, à partir de matériaux vierges. Je travaille le verre froid. Notre terre est un espace limité, qui ne permet pas une croissance illimitée.

Corne de buffles et billets de banque

Chez nous, le design vert émerge peu à peu. À travers le projet de fin d'année ReMix !, la section design d'intérieur de l'École supérieure catholique de Malines amène les étudiants à donner une nouvelle vie à des objets issus de boutiques de seconde main. Ces objets réinventés, ont été exposés à Malines et dans différentes boutiques vintage. Comme ce ventilateur réalisé à partir d'une essoreuse à salade ou une lampe dont l'abat-jour assemble quatre râpes.

À l'origine sculpteur et restaurateur d'objets anciens en métal, Antoine Van Loocke donne aujourd'hui un aspect neuf à des couteaux, à partir d'objets récupérés ça et là. Son Patattenscheller présente une symbiose entre une corne de buffle et une lame trouvée dans la poubelle d'un orfèvre. Le Rallec, conçu à partir d'un os de pénis de morse, illustre encore ce travail original.

Également inspiré par les métaux, le designer Bart Baccarne réutilise les anciens billets de banque et pièces de monnaie pour en faire des luminaires. Le bureau axe sa démarche sur des matériaux, applications, designs inédits. Sa collection de mobilier extérieur, par exemple, prouve que le plastique recyclé peut générer de beaux objets durables.

Enfin, Christiane Högner travaille à la fois l'architecture d'intérieur, le mobilier, le design graphique. Dans une optique green design, elle a ainsi réalisé des coussins à partir de T-shirts d'hommes et des abat-jour à partir de jupes de tennis usées.

Dans la lignée de Droog design

Après Bruxelles, l'exposition bougera en octobre au Studio Hergebruik, à Rotterdam. Le lieu présente le travail de designers et d'artistes de toutes disciplines, axé d'une manière ou d'une autre sur la réutilisation ou le recyclage de matériaux, images ou concepts. La démarche se situe dans la lignée de Droog design, ce collectif néerlandais créé en 1993. Ces designers prônent une utilisation économe des ressources, l'utilisation de matériaux de récupération, une certaine forme d'humour, une recherche constante de la nouveauté.

Parmi les créateurs Néerlandais présentés, Matthijs Vogels transforme avec élégance les déchets alimentaires en plats et assiettes. Selon lui, chaque déchet de ce type peut être recyclé, aussi bien en article de table qu'en combustible de cuisson. Légumes, fruits, thé, café et emballages peuvent ainsi être moulés en différentes formes. Et ce nouveau matériau, qu'il dénomme déchet de table, est réutilisable et entièrement biodégradable.

Dans la même lignée, le jeune label Krejci, d'Amsterdam, a réellement démarré il y a trois ans avec une collection de sacs conçus à partir de feutre gris industriel. Avant d'exploiter les chambres à air pour créer des sacs durables et esthétiques. Depuis, ceux-ci s'exportent un peu partout. Et la firme continue à explorer d'autres matériaux non-conventionnels, sorte de défi permanent.

Après avoir obtenu un graduat en céramique à Amsterdam, Joana Meroz poursuit des études en design à l'académie d'Eindhoven. Ses projets combinent deux manières de faire, design et production artisanale. En témoignent ses céramiques Lace Colanders, qui mêlent les éléments décoratifs de l'assiette au fonctionnalisme de la bouche d'évier pour créer une passoire unique. Sa série La vie ornementée, est constituée d'objets variés, à la fois dessinés pour les espaces privés et publics. Le point commun entre tous étant de procurer le plus de plaisir possible. À l'usage ou à la contemplation.

40 Grand sablon, 1000 Bruxelles. Tous les jours de 10 h 30 à 18 h 30. Entrée libre.