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Art performances

Art performances

Fin des années 50, la performance offre aux plasticiens un nouveau media. Devenue une forme d'art indépendante, elle trouble de plus en plus les limites entre les arts visuels et ceux de la scène. Tandis que la scène bruxelloise s'éclate.

Ces dernières années, Bruxelles semble être devenu la plateforme de référence européenne dans le milieu des arts de la scène et de la performance, foulée par de plus en plus d'artistes d'ici et d'ailleurs. Les formes performatives se diversifient, les festivals se multiplient et, en marge de Parts (Performing arts research and training studios), l'école d'Anne Teresa De Keersmaeker, des projets de cours publics se développent en Communauté française.

Les Bains : connective sont un des premiers lieux bruxellois à s'être ouverts à l'art actuel de la performance. Je suis arrivée ici il y a onze ans, avec d'autres artistes issus de différentes disciplines de performance, se souvient Lilia Mestre, performer portugaise et coordinatrice de l'association. On a trouvé les anciens bains de Forest fascinants et on les a rénovés avec l'aide de volontaires. On exploite chaque zone – la piscine, les cabines, les escaliers, etc. – pour des prestations artistiques. On se positionne comme un laboratoire artistique, ouvert à toutes les disciplines, lors de résidences. Le fait que Bruxelles soit focalisé sur les arts de la scène y attire beaucoup de performers.

À l'origine, la performance a été créée par des artistes visuels qui ont utilisé leur corps pour s'exprimer mais, aujourd'hui, de plus en plus d'artistes du milieu de la danse, du théâtre ou de la musique en explorent les potentialités. Depuis le début des années 90, dans un contexte interdisciplinaire, on se demande : que veut dire la danse ? Il y a une remise en question du rapport au corps et de la manière de le travailler, poursuit Lilia Mestre. Du corps codifié par une technique, on passe au corps quotidien. La danse est devenue plus statique, plus conceptuelle. La danse veut dire danse, les choses sont prises au premier niveau. C'est comme dans la musique, où la répétition peut être un concept.

Le mouvement a été amorcé par des chorégraphes comme Anne Teresa De Keersmaeker ou Wim Vandekeybus, qui ont recruté des artistes internationaux dans leurs compagnies. La volonté d'Anne Teresa De Keersmaeker était de renouveler le lien intense entre danse et musique, à travers un langage chorégraphique propre. Et via son école, Parts, dont les cours sont donnés en anglais et qui recense des étudiants d'une vingtaine de nationalités.

Depuis lors, Bruxelles attire de plus en plus de professionnels de la scène, d'Europe et d'ailleurs. Cette tendance n'a cessé de s'amplifier. On assiste en ce moment à un boom, car Bruxelles est devenu the place to be dans ce domaine, poursuit Lilia Mestre. Parmi cette nouvelle vague d'artistes, beaucoup ont délaissé la scène berlinoise, qu'ils jugent saturée et désormais réservée à ceux qui en ont les moyens.

Rencontre des genres

En peu de temps, des festivals de performance se sont mis en place dans la capitale européenne, dont les limites fluctuent entre arts visuels et arts de la scène : comme les genres se mélangent de plus en plus, on ne sait plus dans quel contexte intégrer ce type de spectacle, relève Luea Ritter, performer suisse et initiatrice du festival Momentum aux Bains : connective. L'idée de ce festival, qui se déroulera dans quatre lieux bruxellois, est de présenter des artistes visuels, qui sont à nouveau nombreux à choisir la performance comme outil de base. Ce mouvement existe en Suisse, en Allemagne ou aux Etats-Unis, mais n'est pas représenté en Belgique dans toute sa richesse car ici, la performance est plus liée aux arts de la scène.

Au Kaaitheater, la première édition de Performatik, qui s'est déroulée en février, mêlait les deux. Kathleen Van Langendonck, programmatrice, explique que depuis quelques années, on s'aperçoit que des artistes de différentes disciplines sont contaminés par la performance. Ces spectacles sont difficiles à programmer, car ils sont beaucoup plus courts que de la danse ou du théâtre, ils durent 30 ou 40 minutes en moyenne, et le but de ce festival est de leur donner plus de visibilité auprès du grand public. Et de marquer l'évolution du genre : dans les années 60-70, les artistes vivaient dans l'utopie de changer le monde à travers des happenings collectifs. L'approche actuelle est plus individuelle et expérimentale. Le spectateur y participe plus aussi, et la réalité est parfois cherchée hors de l'espace théâtral, par exemple dans la ville, lors de balades ou d'installations sous forme de performances.

Hyper réalité

Figure phare de l'art performance dans les années 80, Antoine Pickels, directeur de la Bellone, a lancé le festival annuel Trouble – qui présente un large aperçu de l'actualité de la performance : actes plastiques purs, théâtralité réinventée, contes contemporains, Body Art, langages multimédias, expériences mobiles - aux Halles de Schaerbeek en 2005, et développé un réseau européen de cette discipline. Depuis deux ans, ce projet fait l'objet d'un archivage au sein de la Bellone. Beaucoup d'artistes de la scène choisissent aujourd'hui la performance pour s'exprimer à travers leur corps. Cela est dû, en partie, au fait que les formes du théâtre et de la danse ont tendance à s'institutionnaliser. Mais aussi à la recherche d'un contact direct avec le public : les gens qui regardent une performance sont des témoins. On est dans un rapport d'honnêteté, sans faux-semblant. La performance présente une forme plus accessible, moins intimidante, que le théâtre ou la danse. On vit dans une société si médiatisée que l'on a besoin de cette hyper réalité.

Dans la foulée, Antoine Pickels a créé un cours optionnel intitulé « performance et arts du corps » à La Cambre et planche également, avec d'autres professionnels du milieu, sur le projet de l'Esad (Ecole supérieure des arts de la danse) en Communauté française, porté par La Cambre, l'Insas et le Conservatoire de Bruxelles. La danse reste un art toujours en prise avec le présent. On se pose beaucoup de questions sur la manière de danser, le corps, l'engagement du danseur, et dès lors, de plus en plus de liens se créent avec la performance.

www.halles.be

Momentum, du 4 au 7 juin aux Bains : connective, au Q-02, à la Bellone et à la Raffinerie, www.momentum-festival.org